Categories:

Si aujourd’hui tout le monde connaît ou a déjà entendu parler de la DeLorean DMC-12, il faut pourtant savoir que le véhicule est considéré comme l’échec le plus retentissant de l’histoire de l’automobile. Alors pourquoi ce véhicule a-t-il disparu très vite des chaînes de production ? Pourquoi est-il pourtant considéré comme un modèle culte et une icône ? C’est ce que nous allons voir ensemble.

 

Les origines d’un véhicule innovant

L’histoire de la DeLorean DMC-12 débute le 24 octobre 1975 lorsque la DeLorean Motor Company (DMC) est fondée à Détroit dans le Michigan par l’homme d’affaires John DeLorean. 

Fils d’immigré roumain, ingénieur et homme d’affaires avant-gardiste, il devient directeur général de Pontiac en 1965 et de Chevrolet en 1969, puis le plus jeune vice-président de l’histoire de General Motors en 1972. Un parcours prestigieux qu’il décide de quitter en démissionnant de son poste le 2 avril 1973, à l’âge de 48 ans. Car John DeLorean a une idée derrière la tête : réaliser la voiture de ses rêves !

John DeLorean @en.wikipedia

Très vite, il se met à imaginer cette voiture de manière plus concrète et a des idées bien précises sur le véhicule qu’il veut réaliser : une voiture dont la ligne est signée Giorgetto Giugiaro (un très célèbre designer automobile italien qui a travaillé avec les plus grandes marques comme Ferrari, Lamborghini, Audi, Volkswagen et bien d’autres), des portes papillon et une carrosserie en acier inoxydable. Il souhaite également créer une voiture “éthique”, axée sur la sécurité et l’environnement, dont les matériaux choisis seraient un gage de longévité. Ce dernier point est en rupture avec le principe des grands constructeurs de l’époque, dont l’objectif était de vendre un véhicule neuf tous les cinq ans.

John Delorean établit un premier prototype en octobre 1976 nommé “DSV-1” ou “DeLorean Safety Vehicle” dans lequel il imagine mettre le moteur 4-cylindres de la Citroën CX (cette solution sera abandonné pour se porter finalement sur un moteur PRV V6, à injection), tous les organes de sécurité de l’époque (pare-chocs et châssis à déformation, protections du passager, freinage) et envisage un châssis fondé sur une nouvelle technologie connue sous le nom de ERM (“Elastic Reservoir Moulding”), qui contribuerait à réduire le poids ainsi que les coûts de fabrication. Cette technologie se révèlera cependant inadaptée pour une production de masse et donc abandonnée.

Toutes ces modifications retardent la mise en production de la DeLorean DMC-12 et le véhicule est presque entièrement reconçu par Colin Chapman (ingénieur automobile, fondateur et dirigeant de Lotus) qui est choisi par John DeLorean pour améliorer la qualité de la voiture. Il remplace les matériaux douteux et impose des techniques de fabrication utilisées chez Lotus. Futuriste et glamour, le véhicule est alors prêt !

La DeLorean DMC-12 @en.wikipedia

Une fois le modèle final choisi, il ne reste plus qu’à le fabriquer et à le vendre afin de faire de cette voiture le succès imaginé par son concepteur. Mais c’est justement cette étape qui va coincer pour la DeLorean DMC-12 …

 

Un échec commercial retentissant

John DeLorean doit tout d’abord trouver un lieu de production pour son véhicule. Il cherche alors à travers le monde des pays dans lesquels il pourrait être aidé financièrement pour construire ses usines. Après avoir pensé à l’Irlande (Eire) et Porto Rico, la NIDA (Agence pour le développement de l’Irlande du Nord) lui fait alors une proposition pour qu’il établisse son usine en Irlande du Nord et puisse ainsi créer des emplois dans cette région qui en avait alors grand besoin. 

Le contrat est alors signé et l’usine est installée à Dunmurry, dans la banlieue de Belfast, avec plus d’une centaine de millions de dollars de subventions de l’État. La construction de l’usine débute en octobre 1978 mais la production des DMC-12, prévue en 1979, ne peut commencer qu’en 1981, en raison de problèmes de mise au point. De plus, les employés sont, pour la plupart, inexpérimentés et la qualité de fabrication laisse à désirer, à tel point que les premiers modèles expédiés aux États-Unis doivent être partiellement démontés puis réassemblés dans des quality centers, humoristiquement appelés “Quack”.

La plupart des problèmes de qualité ne sont résolus qu’à partir de 1982 mais dès la fin de l’année 1981, la sécurité financière de l’entreprise est remise en cause. La demande est plus faible que prévu, les coûts plus élevés qu’escomptés et les ventes annuelles restent plafonnées à 6 000 unités, alors que le seuil de rentabilité était estimé aux alentours de 10 000 à 12 000 véhicules vendus par an.

La pression financière se fait de plus importante sur l’entreprise. S’ajoute à cela une affaire de trafic de drogue dans laquelle John DeLorean serait impliqué. Il est arrêté en octobre 1982 dans une chambre d’hôtel de Los Angeles en possession d’une valise contenant de la cocaïne pour un montant de 24 millions de dollars. On le voit alors sur une cassette vidéo en train de discuter de cette marchandise avec des agents du FBI sous couverture. Il sera néanmoins acquitté à la suite d’un non-lieu, car il s’agissait d’un piège que lui avait tendu le FBI. 

Ruiné financièrement (il vend même sa propriété de 200 hectares à un certain Donald Trump qui la transforme en golf.) et avec une réputation ternie à jamais, John DeLorean doit jeter l’éponge. Son arrestation signera la fin de la DeLorean Motor Company qui fait faillite fin 1982 et cesse toute activité. Une centaine de DMC-12, partiellement assemblées, sont terminées par la société Consolidated International, d’où la présence de modèles neufs sur le marché jusqu’en 1983. 

Au final, sur les trois années de production du véhicule, seulement 8 583 DMC-12 auront été produites, un chiffre ridicule qui illustre bien les difficultés du modèle et du constructeur.

Si les idées de John DeLorean étaient plutôt bonnes, les piètres performances de la DeLorean DMC-12 n’auront pas convaincu le public, ni justifié son prix exorbitant. Le véhicule aurait alors pu tomber dans l’oubli comme de nombreux d’entre eux par le passé. Mais le cinéma va intervenir et faire de cette voiture une automobile culte.

 

Une trilogie pour entrer dans la légende

Échec commercial retentissant, la DeLorean deviendra pourtant mythique grâce à ses passages au cinéma ! Si le véhicule apparaît pour la première fois dans le film Le Flic de Beverly Hills en 1984, c’est grâce à la trilogie Retour vers le Futur que la DeLorean va entrer dans les mémoires et acquérir son statut de véhicule culte.

Dans cette trilogie, la voiture va permettre de voyager dans le temps avec l’aide du fameux “convecteur temporel”, permettant notamment à Marty et Doc d’aller en 1955, en 2015 ou encore en 1885.

Intérieur de la DeLorean, avec notamment le tableau de bord du convecteur temporel @Oto Godfrey and Justin Morton – commons-wikimedia

Le choix de cette voiture par les deux scénaristes, Bob Gale et Robert Zemeckis, n’est pas dû au hasard : en 1985, la DeLorean est un archétype de futurisme démodé, cette “voiture du futur” avec des nouveaux matériaux, des technologies avant-gardistes ou encore un design audacieux ayant fait un flop retentissant au niveau des ventes. Ainsi, à cette époque, la DeLorean est vue à la fois comme une voiture futuriste et comme une voiture appartenant déjà au passé. 

On remarque très bien ce paradoxe à travers la réaction des deux personnages principaux de la saga : le Doc Brown est très enthousiaste devant cette voiture car il y voit un symbole de modernité et de technologie, tandis que Marty McFly a une réaction très nuancée en l’apercevant car c’est pour lui une voiture ringarde et lourdaude. Mais comme le dit si bien le Doc : « Quitte à voyager à travers le temps au volant d’une voiture, autant en choisir une qui a de la gueule ! »

Pour en revenir à la saga, elle va connaître un succès fulgurant et ces films vont très vite devenir culte auprès du public. Et c’est tout naturellement que la DeLorean va également le devenir tant son rôle dans la trilogie est important ! 

La voiture, par son statut, va donc être très présente dans la culture populaire et apparaître de nombreuses fois dans les produits dérivés de la saga. On va ainsi retrouver beaucoup de voitures DeLorean miniatures après la sortie du film et des grandes marques ont créé des jouets à son effigie : McDonald’s, LEGO, Playmobil, FunkoPop, Hot Wheels ou encore Kids Logic, qui a sorti une DeLorean flottante magnétique.

Bien après la sortie de la saga, le véhicule sera présent dans de nombreux jeux vidéo. On la retrouve dans Hotline Miami, où le personnage principal se déplace d’un niveau à l’autre avec une DeLorean DMC-12, Payday 2, Gran Turismo, Driver: San Francisco, Rocket League, Burnout Paradise, Forza Motorsport 4 ou encore dans la mythique franchise Grand Theft Auto notamment dans GTA : Vice City Stories. 

La DeLorean fera également une apparition dans des clips de plusieurs chanteurs tels que Macklemore et Ryan Lewis (Thrift Shop), Tunisiano (Équivoque), Daddy Yankee (Llegamos a la Disco), Owl City (Deer in the Headlights), Rim’K (DeLorean23) ou encore Redfoo (New Thang). Signe de sa grande popularité encore aujourd’hui et de son statut de véritable icône de la pop-culture.

En plus de tout cela, la voiture garde une énorme côte auprès des collectionneurs de voitures anciennes qui se les arrachent ou les restaurent pour eux aussi conduire un véhicule culte. On aperçoit aussi régulièrement des DeLorean à des rassemblements de vieilles voitures ce qui contribue à entretenir sa mémoire et à l’exposer au grand public.

Tout cela est donc très paradoxal quand on connaît la véritable histoire derrière cette voiture. Mais comme pour les acteurs, il suffit d’un film pour vous élever au rang de légende et entrer dans les mémoires pour toujours. Pour la DeLorean, cela aura été Retour vers le Futur.

 

Vintagement,

Kevin

Partagez autour de vous :

Tags:

Comments are closed