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L’attaque japonaise sur Pearl Harbour le 7 décembre 1941 a choqué le monde et mis l’oncle Sam très en colère, les 2 500 morts seront vengés et le courroux américain ne s’éteindra qu’avec le feu atomique. En une journée la neutralité, l’isolationnisme, l’America First de Lindbergh et ses amis ont volé en éclat. 

Le 8 décembre Roosevelt lance les États Unis d’Amérique dans la guerre, les opposants sont muselés, le pays est derrière son président. 

 

FDR signe la déclaration de guerre au Japon.

Pour faire la guerre il faut beaucoup de soldats, 16 millions d’hommes et femmes partiront. Il leur faut armes, munitions, uniformes, camions, tanks, avions, du médical et de la logistique. L’Amérique n’a rien de tout cela. En quelques mois, la force de production du pays se tourne vers l’industrie de guerre. Pour faire fonctionner ces usines il faut des bras mais la force des jeunes hommes blancs est mobilisée par l’armée… Alors, et malgré la résistance des industriels, les Africains-Américains obtiendront le droit à ces postes. Les femmes Noires aussi et beaucoup diront que la guerre leur a donné l’opportunité de sortir de la cuisine des riches familles blanches. Elles ont dû batailler contre le sexisme autant que contre le racisme. Le besoin en main d’œuvre est tel qu’il faudra bientôt appeler les femmes de la middle class blanche à entrer dans les usines. Vaincre les réticences sera difficile. Les maris ont beaucoup de mal à accepter l’idée de voir leur femme travailler et occuper des jobs réservés de tout temps aux hommes. Les femmes ne se défileront pas. Des campagnes de propagande dirigées autant vers les femmes que leurs maris sont lancées.

 

 

Le mari bienveillant pousse sa femme vers l’usine…

Nombre d’articles et dessins de presse sont en opposition expliquant que donner un pouvoir d’achat et une autonomie aux femmes, blanches faut-il le préciser, est un saut dans l’inconnu. Ne serait-il pas difficile de leur faire réintégrer la cuisine et leur rôle d’épouse ? Les publications les plus conservatrices mobilisent les « valeurs » judéo-américano-chrétiennes sur le rôle de la femme.

« N’oublie pas, tu devras rentrer dès la fin de la guerre » dit ce petit bonhomme à sa femme devenue géante de pouvoir aller travailler à l’usine.

Un de ces dessins commandé à J. Howard Miller par Westinghouse est resté dans la mémoire collective. Le dessinateur se sert de l’esthétique des pin-up, ces jeunes femmes belles au corps parfait qui stimulent l’imaginaire masculin et qui incarnent le bonheur américain dans sa vision consumériste. Cette courageuse au bandana rouge à pois blancs a les attributs des pin-up de Vargas ou d’autres peintres. Elle n’est pas ‘Rosie The Riveter’ mais elle est prête à tenir son rang.

                                                                                

                                 L’affiche « We Can Do It » de J. Howard Miller – 1942.                                    « Yes We can » avec Michele Obama

Ce tableau n’est devenu symbole des luttes des femmes que dans les 80’s. Obama l’a utilisé et décliné pour sa première campagne avec « Yes We Can ».

 

Le cinéma et la musique participent à leur manière à l’effort de guerre et vantent les mérites des combattants avec des armes ou pour le Home Front. Une chanson met en scène une jeune femme qui travaille sur une ligne d’assemblage de bombardier en pensant à son GI Joe. Elle ne boit ni ne fait la fête et avec l’argent gagné, ira-t-elle acheter des frivolités ? Oh que non ! Elle achètera des War Bonds, elle est parfaite, s’appelle Rosie et manie la riveteuse une machine qui fait rrrrrrr pour former les rivets d’assemblage des tôles d’avion. « Rosie the Riveter » chanson interprétée par les Four Vagabonds, un quartet vocal Africain-Américain, est un petit succès. L’histoire de cette riveteuse inconnue aurait pu s’arrêter là. Mais…

 

L’étiquette du 78 tours « Rosie the Riveter »  sur Bluebird sous marque de RCA-Victor  

En 43, le Washington Post commande à son peintre vedette, Norman Rockwell une image de la femme américaine au travail dans l’effort de guerre. Le peintre s’exécute et le 9 mai sort des presses le Saturday Evening Post avec son tableau en couverture. L’héroïne a les traits d’une puissante démiurge guerrière, ce qui a fâché la frêle Mary Doyle O’Keefe, le modèle. Machine puissante sur les genoux, elle mange un burger bien américain et si elle est en salopette de travail avec des lunettes de soudeuse sur le front, elle porte des mocassins de ville, les chaussures avec coques protectrices, adaptées, arriveront plus tard. Elle a tous les badges nécessaires et elle piétine « Mein Kampf » avec application. Enfin, « Rosie » est écrit à la peinture sur sa boîte à outils et le tout bien sûr sur fond du drapeau américain. Elle est baptisée « Rosie the Riveter » le surnom restera aux 6 millions de femmes qui peuplent les usines mais la figure marque moins les esprits, trop loin d’une pin-up peut-être.

La Rosie de Rockwell doit sa pose au Prophète Isaiah peint par Michel-Ange au plafond de la Chapelle Sixtine au Vatican, une façon de parler au monde chrétien peut-être.

                                                                 

 Le prophète Isaiah et son double moderne ‘Rosie The Riveter’.

Le bandana de la première Rosie devient aussi populaire que la salopette de la riveteuse guerrière marquant leur succès dans les usines face aux hommes restés à leur poste pas toujours accueillants. Les journaux conservateurs continuent d’alimenter les résistances et attisent le sexisme. Les GI’s trouvent des images du pays et des pin-up dans leurs journaux comme ‘Yank’, fait par des militaires pour les troupes. Des bandes dessinées s’emparent de l’esthétique, ‘Male Call’ de Milton Caniff emporte les suffrages.

Miss Lace, l’héroïne très Pin-Up de Milton Caniff.

Les femmes ne sont des pin-up que dans l’imaginaire des boys. Elles sont aussi courageuses et sauront le monter. À force d’insistance, elles seront soldates et même pilotes. Une unité de l’Air Force sera créée, la WASP : Women Airforce Service Pilots qui sera saluée à la fin de la guerre par le général Hap, leur boss : ‘je n’étais pas sûr au début de la guerre qu’un équipage féminin puisse piloter un B-17 par gros temps. Aujourd’hui, en 44, il est évident que les femmes peuvent voler aussi bien que les hommes’ et mourir aussi, les WASP déploreront 38 pertes.

Un équipage WASP avec en main leurs parachutes…

Dès la création de l’unité, l’idée d’un emblème s’est imposée et leur choix s’est posé sur Fifinella, mi-fée clochette mi-superwoman, créée et dessinée par Roald Dahl pour les studios de l’oncle Walt. Grâce à Jacqueline Cochran leur major, elles obtiennent le droit de l’utiliser sans contrepartie financière. Disney ne produira pas le film où elle devait apparaître.

                                                   

 Écusson des WASP à coudre avec Fifinella et cousu sur le flying jacket de cette WASP (Dorothy Olsen)

Les équipages de l’US Air Force, masculins ou féminins, étaient attachés à leurs engins. L’avion était un membre de leur famille de guerre souvent baptisé par son équipage. Certains, surtout les bombardiers ou forteresses volantes offraient une belle surface et les équipages ont rivalisé d’adresse et de talent pour les décorer. Le motif privilégié du Nose-Art (peinture sur le nez des appareils) est naturellement la pin-up, certaines très réussies donnent une vraie personnalité à l’avion.

 

     

Une pin up pour ce B-24 ‘Windy City’ (Chicago)   // Pink Lady, un B-17 joliment décoré  //  Le Nose-Art d’un Bombardier avec Fifinella 

                                                        

Trois WASP devant un avion décoré avec Fifinella. //  Un Nose-Art sur un bombardier B-25. ‘Pistol Packin’ Mama’ est une célèbre chanson Country d’Al Dexter (avion WASP).

Tous les équipages n’avaient pas un artiste ou les moyens de faire réaliser une peinture sur leur bombardier et parfois seul le nom était peint sur la carlingue. Le B-17 du Capitaine Rob Rosenthal est de ceux-là, il porte fièrement sur son flanc le nom des riveteuses, ‘Rosie’s Riveters’. Son équipage a fière allure. L’avion a servi pour les bombardements sur l’Allemagne en 44 et faillit disparaître lors d’un raid sur Munster. Seul appareil de l’escadrille à regagner les côtes anglaises, on le croyait perdu, les Rosie’s ont certainement veillé sur leur avion.

L’équipage du B-17 devant l’inscription « Rosie’s Riveters » (A toutes les Rosie Riveteuses). Le Captain Rosenthal porte une fort belle casquette.

Après la guerre, des Rosie’s sortiront des usines et sans bruit retrouveront leur rôle et place d’avant-guerre. Les femmes Noires perdront souvent leur emploi lors de la reconversion et ce sera très dur pour la majorité d’entre elles, obligées de retourner au bas de l’échelle sociale. Les luttes féministes ont commencé dans ces usines et se sont poursuivies à la fin du conflit avec toute la difficulté que l’on imagine au retour en force des vétérans auréolés de la victoire et du prestige des combattants. Le chemin est long et la montagne n’est pas encore gravie mais le sommet se rapproche.

Jean-Christophe ‘JayCee’ BERTIN

Jean-Christophe Bertin est l’auteur de deux livres « Les Racines de la Musique Noire Américaine » et « la Musique Qui Vit Grandir Elvis » aux Editions Didier Carpentier. Il produit également des CD’s sur la musique des 40’s et 50’s, Swing, Blues, Rhythm&Blues, Rock’n’Roll, Gospel, Country et Rockabilly et des histoires de chansons sous la forme de cd-livret, premier de la série ’16 Tons’ la chanson des mineurs. Le tout avec CJRO Records.

Il fait également partie de l’association Culture Vintage en tant que DJ pour Pure Vintage Radio. Culture Vintage a été fondé en 2013 par Fabrice Berreur, un passionné des automobiles américaines et de la musique des années 30 aux années 50. Cette association réunit, aujourd’hui, une équipe de 16 membres actifs : des DJ’s, des reporters, des photographes ou encore des graphistes. En 2013, l’association a créé le magazine trimestriel Pure Vintage Magazine consacré à la culture Vintage et au rockabilly. En 2014, Culture Vintage crée sa web radio : Pure Vintage Radio qui diffuse des émissions sur la plateforme d’écoute Radioking. En 2018, apparaît le magazine, également trimestriel : Pure Pin-up Magazine consacré au style de vie des pin-up, de la mode, des accessoires mais aussi des conseils beauté. Enfin en 2021, l’association sortira le premier numéro de leur troisième magazine : Oldies Magazine, qui portera sur les années 70 aux débuts des années 2000. 

Rendez-vous sur le site internet : www.culturevintage.fr et les réseaux sociaux Facebook et Instagram (Pure Vintage Magazine, Pure Pin-Up Magazine et Pure Vintage Radio) pour découvrir notre partenaire Culture Vintage. 

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