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Le VéloSoleX, un véhicule culte symbole de liberté d’après-guerre

Emblème de l’économie française d’après-guerre, considéré comme la 2CV des cyclomoteurs, le VéloSoleX, un petit vélo à moteur, a été commercialisé dès 1946. Son côté pratique et économe a très vite séduit la population pour devenir un moyen de transport incontournable durant plus de 40 ans. Retour sur la formidable histoire de cette incroyable machine qui aura marqué toute une génération et bien plus encore.


Les origines d’un cyclomoteur mythique

Au début des années 1900, Maurice Goudard et Marcel Mennesson sont de futurs ingénieurs passionnés de mécanique. Ils pressentent que le secteur de l’automobile va exploser. Ces deux amis de l’Ecole Normale Supérieure de Paris fondent alors la « Société Goudard et Mennesson » qui fabrique, à ses débuts, des radiateurs centrifuges, puis des carburateurs et starters pour automobiles.

Très vite, ils se rendent compte que le nom de leur société est bien trop long à porter et qu’il va vite représenter un handicap. En effet, la marque ne pouvait pas être apposée facilement sur les pièces produites. Communiquant avant l’heure, Maurice Goudard souhaite trouver un nom simple en deux syllabes et cinq lettres, qu’on retient facilement, sans aucune signification et pouvant se prononcer dans toutes les langues. Une approche très moderne pour l’époque où la culture de l’identité de marque n’est pas aussi travaillée qu’aujourd’hui. C’est ainsi que la marque Solex née en 1905 !

Dès 1916, l’idée d’une « bicyclette qui roule toute seule », fabriquée en grande série, germe petit à petit dans l’esprit des deux ingénieurs. En apportant l’idée de combiner un moteur à explosion miniaturisé au cadre d’une bicyclette allégée et optimisée, Solex crée un moyen de transport simple, économique, léger et pratique. Le projet va cependant mettre du temps à se concrétiser, la faute à la violente crise économique puis la deuxième guerre mondiale qui empêchent la poursuite immédiate des recherches.

En 1940, la France est en guerre et l’avenir est sombre. Cette période de crise risque de durer même après la guerre et les deux ingénieurs décident donc de poursuivre sérieusement l’étude de cette “bicyclette qui roule toute seule”. Il s’agit d’un vélo équipé d’un petit moteur monté sur la fourche, devant le guidon et qui entraîne la roue au moyen d’un galet. En 1942, le VéloSoleX est prêt : l’usine va en fabriquer plus de 700 jusqu’à la fin de la guerre. Tous les exemplaires sont confiés aux membres du personnel de l’entreprise. Cet essai grandeur nature va permettre d’aboutir au modèle définitif, présenté au printemps 1946. La grande histoire du VéloSoleX peut alors commencer !

Moteur installé sur la roue avant du VéloSolex
https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Moteur_de_Solex.JPG 


Des débuts fracassants

Un vélo noir, un moteur à deux temps devant le guidon, vitesse de pointe 35 km/h : la production et la mise en vente de ce nouveau véhicule sont effectives au mois d’avril 1946.

Son prix de vente, inférieur à un mois de salaire minimum, et sa faible consommation, environ 1,4 litre / 100 kilomètres, sont des arguments décisifs pour le public qui tombe vite sous le charme de ce véhicule révolutionnaire. Cela tombe plutôt bien, la France sortant tout juste de la guerre, l’arrivée d’un engin abordable, très simple et peu gourmand devient une bénédiction pour les Français. Partant de là, le succès commercial est une évidence : dès son lancement, le VéloSolex fait un carton !

Le gros avantage de ce cyclomoteur, surtout après la guerre, c’était qu’on pouvait se l’acheter dans l’instant. Pour s’offrir la 4CV, qui était exposée au Salon de l’automobile de 1946 tout comme le VéloSoleX, il fallait la commander. Le VéloSoleX était quant à lui disponible immédiatement à la concession ce qui va lui fournir un gros avantage dans sa diffusion à l’ensemble des Français.

La simplicité d’emploi et la robustesse de ce deux-roues deviennent très vite légendaires. C’est le véhicule pratique par excellence, certains partent même en vacances dessus. Les chiffres deviennent très vite impressionnants : on produit 25 000 exemplaires en 1948, puis 36 000 en 1949 soit 100 solex vendus par jour ! A partir de 1951, les modèles se perfectionnent et la production passe à 100 000 unités en 1953. Au milieu des années 60, on vend même jusqu’à 1500 Solex par jour !

Le succès de Solex est aussi dû à un service après-vente exemplaire ! Un réseau de professionnels, les « stations-services Solex », maille le territoire français et se propage même au-delà. Dans ces stations, on se ravitaille en Solexine, le carburant mis au point avec BP à la demande de l’entreprise Solex en 1947. La Solexine c’est un mélange prédosé d’huile et d’essence vendu en bidon de 2L, idéal pour la longévité et la performance du moteur.

Plaque publicitaire pour carburateur SoleX
https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Enamel_advert,_SOLEX_carburateur,_Point_de_Vente.JPG?uselang=fr 

Le VéloSoleX n’est pas parfait mais c’est justement ses inconvénients qui en ont fait son charme. Casse-gueule à cause du poids du moteur à l’avant, il fallait à tout prix éviter les pavés et faire attention aux gravillons. On était obligé de pédaler dans les montées, le démarrage se faisait à la poussette c’est-à-dire en courant. Les personnes s’en accommodent très vite et cela ne freinera pas son succès populaire !

VéloSolex 1010 de 1957
https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Solex,_Colmar.jpg 


Le VeloSoleX un succès populaire

Ce qui fait le succès du VéloSoleX, c’est évidemment son prix,  mais c’est également le fait que toutes les classes sociales l’utilisent.
Dans les années 50, “le vélo qui roule tout seul” a ensorcelé la France à tel point que même les femmes et les curés en soutane pouvaient facilement enjamber son cadre échancré. Et, socialement, il traverse les classes car un ouvrier, un curé, un artiste ou un chef d’entreprise roulait sur cet objet improbable et casse-gueule. Le VéloSoleX devient alors rapidement populaire pour les personnes allant de 14 à 77 ans.

Pratique pour se faufiler, économe dans sa consommation, le Vélosolex séduit les jeunes et les travailleurs. On utilise alors le cyclomoteur pour toutes les occasions : pour aller au bureau, à la chasse à courre, à la Sorbonne ou même à la plage. 

Le VéloSolex est alors le symbole de la liberté. Il permettait de se déplacer d’un point A à un point B sans se fatiguer et raccourcissait les distances. Ce sentiment de liberté est encore plus important chez les jeunes car le véhicule pouvait se conduire dès l’âge de 14 ans et sans permis, le rendant extrêmement populaire chez les lycéens et les étudiants.

Le VéloSolex doit également sa renommée et son succès populaire à ses apparitions dans de nombreux films et séries de l’époque. On peut citer le film de Jacques Tati “Mon Oncle”, tourné en 1958, dans lequel l’acteur déambule dans les rues de Paris juché sur un VéloSoleX, ce qui a beaucoup contribué à la promotion de la marque. Comment ne pas mentionner également la mythique Brigitte Bardot qui apportera aussi sa notoriété au véhicule en faisant sa première apparition au cinéma dans le film “Le Trou normand” sur un VéloSolex. Le feuilleton de Janique Aimée, où l’on voit une jeune infirmière à la recherche de son fiancé sur son VéloSoleX 2200, va également marquer le public.

Le VéloSolex va ensuite réussir à surfer sur cette vague populaire et à prospérer au cours de nombreuses années pour atteindre le chiffre impressionnant de 7 millions d’exemplaires produits entre 1946 et 1988. La marque a pu continuer à se développer grâce à l’innovation. Au début de l’aventure en 1946, les procédés industriels ne sont pas encore rodés, et la fabrication reste chronophage, ce qui se répercute sur les tarifs du premier VéloSoleX. En optimisant en continu ses chaînes de production, par l’amélioration constante du produit, la marque Solex diminue les coûts en augmentant pourtant l’attractivité de ses cyclomoteurs. Celles-ci seront mises à la portée de toutes les bourses. 

Solex aura incontestablement été un acteur majeur de la démocratisation du transport motorisé et de la mécanique. La mécanique simplifiée permet un entretien minimal, l’autonomie est largement suffisante pour pouvoir se déplacer à sa convenance, d’autant que les stations essences sont présentes partout. En outre, la marque sait toujours séduire en proposant régulièrement de petites améliorations, de nouveaux coloris… Autant d’arguments qui font du VéloSoleX un véhicule mythique de la deuxième moitié du XXème siècle.

 

Le lent déclin d’un véhicule resté culte

Le déclin du VéloSoleX s’amorce en 1968. Les ventes sont en forte baisse et les derniers modèles parus (le Flash et le 6000), originaux à l’excès, ne répondent pas aux attentes malgré les améliorations technologiques dont ils bénéficient. L’assurance rendue obligatoire en 1958 ainsi que le port du casque, hors agglomération en 1976 puis de manière générale en 1980, auront probablement freiné le VéloSoleX dans son ascension. Le contrôle de l’entreprise est cédé à plusieurs reprises. A Renault, puis à Motobécane en 1974 qui sera ensuite absorbée par Yamaha en 1983. Le groupe japonais décide finalement l’arrêt de la production du VéloSoleX le 7 novembre 1988. Ce jour-là, on organise une vente aux enchères télévisées où les dix derniers vélomoteurs produits sont vendus au profit des Restos du Cœur, avec un certain Jean-Pierre Foucault, immense fan du VéloSolex, comme commissaire-priseur (il en achètera d’ailleurs un).

La marque Solex existe toujours de nos jours à travers Easybike Group qui a racheté l’entreprise en 2013 et qui tente, depuis, de se faire une place dans le domaine des vélos électriques.

Aujourd’hui, si de nombreux VéloSoleX ont été abandonnés par leurs propriétaires, il reste des passionnés isolés ou regroupés dans des clubs qui les restaurent, les entretiennent et organisent des concentrations et compétitions. Il n’est également pas rare d’en retrouver en vente sur internet ou dans les garages de nos grands-parents. La “2CV des cyclomoteurs” continue ainsi de perdurer dans les mémoires aujourd’hui, souvenir d’une époque synonyme de liberté et de joie de vivre.

 

Homme avec son VéloSoleX à Amsterdam en 1950
https://commons.wikimedia.org/wiki/File:08-28-1950_08046_Solex_op_de_Dam_(5287359491).jpg 

Vintagement,

Kevin

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