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Si aujourd’hui tout le monde connaît le fameux Parc Astérix, très peu de personnes savent que, plus de 20 ans auparavant, le premier parc spécialement dédié à notre célèbre gaulois et son univers a été créé à Orléans en 1967 ! Retour sur cet événement méconnu de l’univers d’Astérix qui aura marqué les Orléanais.


Une idée qui surfe sur le succès du moment

L’histoire d’Astérix commence le 29 octobre 1959 lors du lancement du journal Pilote dans lequel sort le premier épisode de nos héros gaulois intitulé Astérix le Gaulois. Le premier numéro du journal s’écoule à 300 000 exemplaires et la série d’Astérix est l’une des plus plébiscitées par les lecteurs. 

Dès lors le succès est immédiat et ne va cesser de croître au fil des années. Parallèlement à ces sorties périodiques dans le journal, la bande dessinée sort en album. On assiste alors à la parution de 6 albums de 1961 à 1965 avec notamment Le Tour de Gaule d’Astérix, dans lequel apparaît pour la première fois le personnage d’Idéfix, ou encore Astérix et Cléopâtre.

L’année 1966 marque un tournant pour la série qui est alors un phénomène national au point de faire la couverture de L’Express avec en gros titre : “Le phénomène Astérix”. Trois albums sortent cette année-là dont Astérix et les Normands qui est le premier album à passer la barre du million d’exemplaires vendus avec 1,2 million d’exemplaires vendus en deux jours. On est donc en pleine hype par rapport à notre gaulois préféré.

Alors quel est le rapport avec Orléans me direz-vous ? 

La ville organise en 1967 les Floralies internationales qui est une exposition horticole regroupant des exposants de plusieurs pays. D’avril à octobre 1967, Orléans, et plus particulièrement le Parc Floral de la Source, devient la capitale mondiale de l’horticulture : 330 exposants, 700 producteurs venus de 11 pays, 13 000 m² de serres construites spécialement pour l’occasion et des expositions successives sur 35 hectares. 

Plan d’accès au Parc floral avec vignettes représentant la place du Martroi, le massif de l’horloge fleurie à Olivet et le Parc floral.
Sources : Archives d’Orléans Métropole (https://archives.orleans-metropole.fr/f/cartespostales/902/fiche/?)

Afin d’attirer un public plus familial à cette exposition, Edouard Charles Rival, ancien animateur de radio devenu conseiller en relations publiques, a l’idée de proposer à l’association floral orléanais, organisatrice des Floralies internationales, un projet original : créer un village gaulois. Surfant ainsi sur le succès d’Astérix, ce projet est approuvé et portera le nom de Floralix : la création du premier parc à thème de France peut alors démarrer !


Le premier parc à thème de france
 

Un “vrai” village gaulois grandeur nature ayant pour thème l’univers du héros gaulois de bandes-dessinées Astérix et répartit sur trois hectares : voilà un sacré défi et surtout une grande première en France !

En effet, si les parcs d’attractions existent déjà, c’est la première fois que l’on conçoit un espace totalement thématisé sur un sujet et dépourvu d’attractions.

Floralix c’est une reconstitution très impressionnante en termes de détails d’un village gaulois. En se baladant dans ce parc situé de l’autre côté du Dhuy (une petite rivière passant par le Parc Floral de la Source) que l’on traversait par trois petits ponts en dos d’âne, on peut alors tomber sur la cabane d’Assurancetourix dans un arbre, la maison du chef, des huttes gauloises faites de bois et de chaumes, des halles, un élevage de sangliers ou encore Panoramix ! A l’entrée du village, une imposante statue du petit gaulois moustachu accueille les visiteurs. Sur son socle on peut lire : « À Astérix, Floralix reconnaissant”.

Tours de guet du village gaulois reconstitué.
Sources : Archives d’Orléans Métropole (https://archives.orleans-metropole.fr/f/cartespostales/2596/fiche/?)

Le parc retranscrit l’époque où gaulois et romains cohabitent en toute quiétude, ce qui permet de monter à côté de ce village gaulois un camp romain aux détails toujours aussi soignés. Entouré d’une enceinte avec portes monumentales et tour de guet, on peut alors retrouver des tentes romaines de différentes couleurs, une arène et surtout le temple de Mars Mullo, une impressionnante construction de 23 mètres de hauteur, 38 mètres de long et 22 mètres de large, dédié à Mars (le dieu romains des guerriers, de la jeunesse et de la violence) et à Mullo (son équivalent gaulois). 

Côté animation, le parc en propose plusieurs comme par exemple la Grande fête gauloise de la moisson où l’on pouvait gagner pleins de lots et notamment le marcassin né aux Floralies, des concerts, des spectacles en tout genre (bateleurs, briseurs de chaînes, cracheurs de feu, courses de chars, élection de miss camp romain …) ou, plus insolite, concours de pêches à la main en piscine. On peut aussi voir le célèbre cuisinier Michel Olivier apprendre aux enfants à faire des pizzas en forme d’Obélix ou encore voir dans le temple un ambitieux spectacle audio-visuel permanent, intitulé Florama, dans lequel l’écrivain Gaston Bonheur raconte en images la vie quotidienne des Gaulois.

Même si ce parc a été créé pour attirer un public plus jeune aux Floralies, il est très commercial et sert aussi surtout d’argument publicitaire de choc pour l’exposition. Le temple a été sponsorisé par Paris Match. Les huttes du village gaulois et les tentes du camp romain ont été louées (assez cher) à différentes enseignes non horticoles : boutiques, drugstores, restaurants, tavernes, galeries d’art… On peut donc voir de nombreuses marques au niveau des maisons gauloises avec par exemple Télé 7 Jours, Salut les copains, la Caisse nationale d’Epargne, Schneider, ou encore Antar, une marque d’huile industrielle. On retrouve également un tabac dans le village. A la discothèque le Tumulus, au restaurant « Chez Cléopâtre » et à la rôtisserie « Au rieur sanglier », on peut boire de la cervoise et on paye même en sesterces ! 


Au premier plan, une partie du village; en arrière-plan, le temple celto-romain de Mars Mullo.
Sources : Archives d’Orléans Métropole (https://archives.orleans-metropole.fr/f/cartespostales/70/fiche/?)


Un succès impressionnant … mais une fin prématurée

Avant même son inauguration, Floralix intrigue et fait saliver la presse qui s’empare très vite du sujet, totalement émoustillée par l’annonce de ce parc d’un nouveau genre. On tient un journal de bord, on suit de près la construction du village et une vraie Floralix-mania s’empare des rédactions. Le suffixe en « ix » est alors utilisé à toutes les sauces et termine bon nombre d’expressions, comme par exemple “c’est fantastix !”, et de nouvelles rubriques, telles que “Les Tablettes de Floralix” ou “Gaulle matin” naissent. On assiste alors à un gros tapage médiatique et une radio est même créée sur place à La Source “Radio Floralix”, animée par de célèbres speakerines de France-Inter, pour faire la promotion du parc. L’O.R.T.F (Office de radiodiffusion-télévision française) annonce pour sa part sa volonté de tourner sur le parc des émissions enfantines.

Floralix ouvre ses portes le 25 avril 1967 en présence d’Edgar Faure, alors ministre de l’agriculture, et de Maurice Genevoix, Secrétaire perpétuel de l’Académie Française. L’inauguration est ultra médiatisée. Paris Match consacre un numéro spécial aux Floralies et son parc gaulois et le célèbre Philippe Bouvard une chronique dans les pages du Figaro. Même Le Canard Enchaîné rebondit sur l’événement, ne manquant pas de commenter la photo du ministre Edgar Faure, qui se couvre la tête, le jour de l’inauguration, d’une coiffe gauloise : “pour une fois que c’est un ministre qui casque !”, s’amuse le journal.

Hors-série Paris-Match sur les Floralies à Orléans
Sources : Archives d’Orléans Métropole (https://archives.orleans-metropole.fr/_depot_amorleans/cms/articles/4500/hors-serie-paris-match-amo-c4965-_img.jpg)

Signe fort de cette popularité, de nombreuses personnalités vont venir faire un tour à Floralix et y donner des spectacles. Le parc voit ainsi passer Annie Cordy, Françoise Hardy, Juliette Gréco, Nana Mouskouri et bien d’autres. A la discothèque du parc, Michel Polnareff et Pierre Perret font chanter Orléans jusqu’au bout de la nuit. Floralix accueille même au mois d’août les fameux jeux télévisés d’Intervilles, très populaires à l’époque. 

L’aventure de Floralix se termine en même temps que les Floralies, le 15 octobre 1967, sur une note assez mitigée : le succès populaire a été au rendez-vous mais au niveau financier le parc n’est pas très rentable et cause même un gros déficit à la commune. 

Vue du parc Floral avec Floralix en arrière plan et notamment le temple celto-Romain de Mars Mullo.
Sources : Archives d’Orléans Métropole (https://archives.orleans-metropole.fr/f/cartespostales/1519/fiche/?)

Au moment de faire le bilan, les Floralies ont reçu un total de 2,3 millions de visiteurs sur sa demi-année d’ouverture. Malgré un bilan financier négatif, la manifestation a tout du succès : la notoriété du Parc floral est alors assurée et les floralies de 1967 s’inscrivent dans les mémoires comme événement exceptionnel. 

Au lendemain des Floralies, les structures de Floralix, d’un entretien trop coûteux, seront supprimées les unes après les autres. Seule la halle gauloise connaît une reconversion provisoire au Parc des Expositions en 1968 avant d’être détruite en 1975. Avec elle disparaissait le dernier vestige de ce parc avant-gardiste.

Si aujourd’hui il ne reste plus rien de Floralix, il reste beaucoup d’images dans la tête des personnes qui ont eu la chance d’aller y faire un tour mais également beaucoup de cartes postales de cette époque très enthousiasmante pour la ville d’Orléans.

J’espère que cet article vous aura plu et vous aura fait connaître cet événement insolite et très méconnu sur la ville d’Orléans. Nous avons également abordé le sujet de Floralix dans notre podcast On Vous Fait parler #3 sur les années 60. Nous vous invitons donc à aller l’écouter ou le réécouter pour en savoir plus sur cette fabuleuse décennie !


Vintagement,

Kevin

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